Certaines personnes l’avouent avec gêne :
« J’ai du mal à m’endormir seul. »
« Je dors mieux quand quelqu’un est à côté. »
« Je suis adulte et, certaines nuits, la solitude me rend plus anxieux. »
Il n’y a rien de honteux là-dedans.
Mais il faut distinguer deux choses : avoir besoin de lien à certains moments, et prétendre que l’être humain n’a jamais été fait pour dormir seul.
La première idée est très humaine. La seconde va trop loin.
Ce que l’on peut vraiment dire
Les humains ont dormi dans des contextes très variés selon les époques et les cultures : en groupe, en famille, avec des enfants, avec un partenaire, ou parfois seuls.

Le fait que le sommeil partagé soit courant dans de nombreuses sociétés ne prouve pas que dormir seul soit biologiquement anormal ni que le système nerveux « se souvienne » des prédateurs quand tu éteins la lumière.
Certaines personnes se sentent simplement plus détendues avec un partenaire. D’autres dorment moins bien à cause des mouvements, du ronflement, de la chaleur ou d’horaires différents.
Co-régulation et autorégulation

L’autorégulation désigne les façons dont une personne agit sur ses propres émotions, son attention ou son niveau d’activation.
La co-régulation décrit ce qui se passe dans une interaction avec une autre personne : présence, parole, contact, soutien, rythme partagé.
Ces deux formes de régulation ne s’excluent pas. Un adulte peut savoir se calmer seul et apprécier le soutien d’un proche. Il peut aussi avoir certaines nuits où l’un fonctionne mieux que l’autre.
Ce qu’il faut éviter, c’est de transformer la co-régulation en besoin biologique obligatoire pour dormir.
Le mythe du « tour de garde nocturne »
Une étude sur les Hadza a montré que, grâce aux différences de chronotype entre membres du groupe, il y avait souvent quelqu’un d’éveillé pendant la nuit observée.

Ce résultat est intéressant, mais il ne montre pas que chaque cerveau humain a besoin qu’un autre veille pour pouvoir dormir, ni que le sommeil solitaire moderne serait une anomalie évolutive.
Si tu dors mieux à côté de quelqu’un, cette préférence est valide sans avoir besoin d’en faire une loi biologique.
Tu n’as pas à prouver que tu sais dormir seul
Si dormir seul te rend anxieux, demande-toi ce qui t’aiderait réellement : une routine plus familière, moins de silence, un appel avant le coucher, une veilleuse, une porte entrouverte, un animal, ou simplement du temps pour t’habituer à une nouvelle situation.
Si cette peur est intense, durable, liée à des crises de panique, à un traumatisme ou à une insomnie qui gêne tes journées, un professionnel peut t’aider à comprendre ce qui se passe.
Tu peux aussi lire nos articles sur les réveils à 3 h du matin et la solitude après le coucher du soleil.
Le but n’est pas de devenir parfaitement indépendant. Il n’est pas non plus de conclure que tu as biologiquement besoin de quelqu’un à côté de toi.
Le but est de trouver les conditions qui t’aident réellement à dormir, sans honte et sans faux récit scientifique.
Questions fréquentes
Est-ce normal que je n'arrive pas à dormir seul à l'âge adulte ?
Oui, cela peut arriver et ce n’est pas une preuve d’immaturité. Certaines personnes se sentent plus détendues quand quelqu’un est proche, tandis que d’autres préfèrent dormir seules. Si la peur est forte, persistante ou perturbe beaucoup ton sommeil, cela vaut la peine d’en parler avec un professionnel.
Quelle est la différence entre la co-régulation et l'autorégulation ?
L’autorégulation concerne les moyens qu’une personne utilise elle-même pour gérer ses émotions ou son activation. La co-régulation se produit dans une interaction avec une autre personne. Les deux peuvent être utiles et complémentaires, sans que l’une soit une étape infantile ni l’autre une obligation biologique.
Pourquoi parler de « mythe » de l'auto-apaisement est-il trompeur ?
Parce que les adultes peuvent réellement développer des capacités d’autorégulation. Avoir parfois besoin de soutien ne les invalide pas. Dire que l’humain « n’a jamais été fait pour dormir seul » ou que le système nerveux exige une présence pour dormir transforme une préférence ou un besoin relationnel en règle biologique qui n’est pas établie.



